Marine Costa est une soprano originaire de Bastia. Sa carrière se déroule en France mais aussi en Europe, elle nous raconte son expérience unique dans ce monde artistique où il est difficile d’être reconnu et de se faire respecter comme un professionnel. Voici son témoignage et son histoire.

infos-reportages.— Qui êtes-vous et d’où venez- vous ?

Marine Costa.— Je m’appelle Marine Costa, je suis soprano et je suis originaire de Bastia en Corse. J’ai toujours chanté pour mon plaisir et notamment de la musique de variété, des comédies musicales. À l’âge de 16 ans je suis tombée presque par hasard amoureuse de l’opéra et j’ai commencé à étudier le chant lyrique dans l’école de musique de ma ville. Après le bac,  j’ai intégré le Conservatoire de Musique de Nice et la faculté de Musicologie, puis à 20 ans le Conservatoire National Supérieur de Musique ainsi que l’Ecole Normale de Musique de Paris dont je suis diplômée depuis 2014. Parallèlement, j’ai toujours pratiqué d’autres formes d’arts comme le théâtre, le violon, mais également la danse classique et même les arts du cirque… Cela m’a beaucoup enrichi par la suite en tant qu’artiste lyrique.

Décrivez-nous vos meilleurs souvenirs lors de votre apprentissage ? Quelles sont vos anecdotes les plus marquantes ?

L’événement le plus marquant pour moi est certainement le jour où mon premier professeur de chant, la mezzo-soprano Anne-Marie Grisoni, a détecté que j’avais une voix faite pour le chant lyrique. J’étais très jeune, je me cherchais beaucoup et j’ai vécu ce moment comme une révélation ! Par la suite, mon premier prix de chant au Concours International de Béziers ou mon entrée au CNSMDP ont été de grands moments, mais plus récemment c’est sans nul doute ma rencontre avec la soprano Susan McCulloch (professeur à la Royal Academy of Music et Guildhall School of Music à Londres) en Angleterre qui m’a transformé en tant que chanteuse et m’a immensément enrichi. Il n’y a pas un mois depuis notre rencontre sans que je traverse la Manche pour travailler avec elle. Elle est la personne la plus importante dans ma vie de chanteuse et je lui dois énormément.

Vous avez gagné différents concours, en ayant été Lauréate 2017 du Manhattan Opera Studio à New York, vous étiez également membre du Lyric Opera Studio Weimar en Allemagne, vous remportez le Prix d’Irène Jaumillot au Concours International de Chant de Béziers en 2007.

En effet, les concours lyriques sont très importants pour les jeunes chanteurs car ils font partie des rares tremplins professionnels que nous ayons à notre disposition. Ils nous permettent de nous faire connaître et potentiellement engager, par un agent ou un directeur de maison d’opéra. J’ai en effet passé quelques concours au tout début de mon parcours (j’avais 19 ans lors de mon prix à Béziers !) mais j’ai vite réalisé qu’il fallait avant toute chose parfaire ma technique de chant et ne pas me précipiter dans la vie professionnelle. Voilà pourquoi je n’en ai plus passé pendant longtemps. Je prévois en effet à moyen et court terme d’en passer à nouveau mais étant un peu superstitieuse je ne vous dirai pas où et quand !

Racontez-nous vos meilleures présentations ?

C’est indescriptible ! Je me dis à chaque fin de représentation que je souhaiterais à tout le monde de vivre au moins une fois une pareille sensation. Il est très difficile de mettre des mots là-dessus. Je me sens utile tout en étant moi-même comblée par ce que je reçois de la part du public, c’est un vrai échange d’émotions. Je suis extrêmement chanceuse de pouvoir faire ce métier. Pour ce qui est de ma voix ou encore d’où elle me vient je ne sais quoi vous répondre. Aucun membre de ma famille n’évoluait dans un milieu artistique ni ne connaissait l’opéra. Par contre, j’ai appris dès petite fille à écouter la musique, classique ou autre. Je voyais mon père s’allonger à même le sol et écouter des heures durant ses vinyls en fermant les yeux et, évidemment, je m’allongeais à côté de lui et l’imitais ! Si je ne sais pas d’où vient ma voix, je pense que ma sensibilité pour la musique vient probablement en partie de ces séances d’écoutes. Encore aujourd’hui, je suis incapable de mettre de la musique en fond sonore chez moi, il faut que j’arrête tout pour écouter !

Chaque représentation est unique, singulière, car le public n’est jamais le même et la musique ou les personages interprétés varient sans cesse. Cependant si je dois choisir une seule représentation ce serait au Carnegie Hall à New York l’été dernier pour la simple raison que je n’aurais jamais imaginé un jour chanter dans cette salle mythique. C’était vraiment un moment fort pour moi. Quand je pense à mon parcours, depuis les bancs de l’école de musique de Bastia… J’ai toujours du mal à réaliser que cela s’est bel et bien passé !

Qui sont les différents chefs d’orchestres qui vous ont fait évoluer ?

Absolument tous ! Leurs expériences, leurs connaissances des œuvres et leurs visions en terme d’interprétation m’ont énormément enrichi et continueront de m’enrichir. Je n’ai que de bons souvenirs avec eux. 

En Juin 2017, vous réalisez un récital d’opéra avec le Baryton Thibault De Damas pour «Le Bal Des Parisiennes», racontez-nous cette aventure et votre satisfaction ?

J’ai découvert le BDP en remplaçant au pied levé une amie lors de la soirée de lancement de l’année 2015. Je ne connaissais rien de ce Bal ni de sa philosophie… J’ai rencontré lors de cette soirée des personnes formidables, très investies dans la défense d’un art qui leur tient à cœur, ce que j’admire beaucoup, et je n’ai donc pas hésité un instant lorsque Charles de Lauzun m’a proposé de chanter lors du Bal en juin 2016. J’ai invité mon ami Thibault de Damas à se joindre à moi car j’étais persuadée qu’il partagerait mon intérêt pour ce Bal et qu’il aurait comme moi à cœur de s’investir pour sa réussite. Le challenge était de taille : la salle est très difficile pour l’opéra, tant sur le plan acoustique qu’en terme de taille ou de disposition du public. Il est très difficile de se faire entendre de chaque personne car le son est très directif, or le public est disposé en cercle autour de nous et nous n’utilisons évidemment pas de micro. Il était donc primordial, pour pallier à ce problème, de rendre ce recital le plus vivant possible et d’évoluer dans tout l’espace. Mais il fallait aussi pouvoir toujours voir et être vu par le chef d’orchestre Marc-Antoine Pingeon pour ne pas nous décaler musicalement, le tout sans possibilité de répétition sur les lieux avant le jour J. L’exercice était périlleux mais également très intéressant. Nous y avons pris beaucoup de plaisir ! 

Quelle histoire ce récital d’opéra raconte-t’il ?

Il n’y avait pas d’histoire à proprement parlé mais plus une envie de lier l’opéra et la valse avec l’impératif de rendre hommage au « beau Danube Bleu » de Strauss, ce que nous avons fait en réinterprétant une vieille version écrite pour voix et orchestre qui avait été oubliée. Il était fondamental par le choix des morceaux de rendre ce récital vivant et intéressant pour tous, pas seulement pour les connaisseurs ! C’était très important pour nous. 

Votre carrière est lancée en jouant des opéras à Paris-Londres-New-York, si vous avez deux trois rêves à réaliser, quels seront-ils ? Avec quel partenaire aimerez-vous jouer un opéra ? Quels sont les lieux mythiques où vous souhaiterez jouer un opéra ?

J’ai plus que deux ou trois rêves à réaliser ! Le plus fou serait certainement de chanter un jour avec une de mes idoles, comme le ténor Jonas Kaufmann ou la Soprano Anna Netrebko… Mais on est vraiment dans le domaine du rêve là ! Du côté des salles, la Scala de Milan, le MET de New York mais aussi l’opéra de Paris sont bien évidemment des salles qui feraient rêver n’importe quel chanteur, mais j’ai les pieds sur terre, faire ce métier est déjà en soi, une chance incroyable !

D’un point de vue personnel, quelles sont les évolutions qui vous semblent important dans le monde de la musique à améliorer ?

C’est une question délicate… La rémunération des artistes est un vrai problème car nous ne chantons pas tous dans de grandes maisons d’opéra… Mais de manière générale, je serais vraiment heureuse le jour où on arrêtera de me demander ce que je fais « en vrai » comme métier dans la vie, ou encore lorsque mes 10 ans d’études du chant lyrique (si ce n’est pas d’avantage !) seront reconnues comme telles. Pour beaucoup de gens en France, se professionnaliser dans un domaine artistique n’est pas du tout pris au sérieux et encore moins soutenu. Je pense que la mentalité française pourrait encore beaucoup évoluer sur ce sujet.  

Vous êtes libre de conclure cette interview, que souhaitez-vous dire à nos lecteurs et pour les passionnés de l’opéra ?

Déplacez-vous dans les salles de spectacles, pas forcément les plus chères, il y en a plein et pour tous les budgets, mais n’ayez pas peur d’essayer l’opéra ! Pas besoin d’avoir reçu une éducation particulière pour apprécier ce genre, il suffit de se laisser aller à l’émotion, c’est de toute façon la seule manière d’apprécier la musique et ça, c’est à la portée de tous !

Crédits photos Marine Costa

Propos recueillis par Benjamin Rémon avec Jonathan Tessier